LETTRE POUR J (150 minutes/2026)
documentaire écrit et réalisé par Nils De Coster
ratio image : 1.85 / couleurs et noir & blanc / son : 5.1
Lettre pour J raconte sous la forme d'une « lettre cinématographique », mon dernier séjour dans la maison où habitaient autrefois mes grands-parents danois, à Helsingør au Danemark et comment je cherche à tirer ma révérence, car je sais que le lieu va être mis en vente prochainement.
Ici, c’est le jardin secret de mon enfance. J’y venais en famille chaque été.
Souvenirs et personnages refont surface, questionnent ma vie d’aujourd'hui et mes 53 ans de « danitude », cette part de moi-même restée attachée depuis toujours au pays de ma mère.
Minutieusement organisé par ma voix-off, tour à tour descriptive, narrative et introspective, Lettre pour J invite à arpenter le temps et l'espace pour en faire surgir un patchwork d'images et de sons, de récits et de situations, d'époques et d'objets, de sentiments et d'émotions, à partir duquel va se dessiner l'identité de la personne à laquelle je m'adresse, celle d'un frère tragiquement disparu.
Par cette expérience sensible de la durée, du temps qui passe et de ses effets, des transformations successives qu'il opère et des absences qu'il implique, je cherche par la précision du détail, à mettre en lumière les lieux où l'imaginaire de l'enfance prend sa source, et comment le passage au monde adulte peut donner lieu à certains malentendus, à des accidents de parcours.
Portrait d'une famille « ordinaire », Lettre pour J est aussi une matière à réflexion sur la marche du monde, le sens de la modernisation et du progrès sur lequel il s'est construit au regard de la place de l'homme qu'il lui réserve.
Ce qui revient à questionner l'identité de chacun, comment à notre endroit nous nous construisons pour parvenir ou pas à faire partie de l'orchestre et quelle partition nous y jouons.
Lettre pour J est ainsi un film à strates, où l'histoire, grande et petite, se mélange, porté par une dramaturgie de l'absent qui se révèle lentement.
Ayant étudié et pratiqué les Arts Plastiques dans ma jeunesse, j'ai toujours gardé une approche artisanale dans mon travail, et c'est pourquoi, cette fois, il m'a paru juste de m'essayer avec ce film
au genre de l'autoportrait comme on le fait en peinture pour raconter cette histoire personnelle et familiale.
C'est donc logiquement moi qui apparaît dans mon propre rôle et qui assume tous les postes, à toutes les étapes de la réalisation, exception faite de la figure de l'ami, sorte de double ou frère imaginaire, joué par un ami dans son propre rôle.
À la manière d'un peintre dans son atelier, j'ai patiemment organisé les différents matériaux accumulés - rushes mais aussi documents et archives photographiques, vidéos numérisées d'époques diverses, textes et musiques que j'ai composé et interprété - à portée de main et à hauteur de regard.
Comment appréhender l'épaisseur de l'existence ?
Comment en acter la mémoire par un film ?
Que ce soit à la fabrication comme au moment de sa projection dans la salle, j'ai voulu donner du temps à ce film pour qu'il en soit imprégné et que le spectateur puisse s'y plonger pleinement.